Hue, Emily L., Performing Vulnerability: Risking Art and Life in the Burmese Diaspora, Seattle, University of Washington Press, 2025
→Eisner, Rivka Syd, « Remember September: Re-Performing the Burmese ‘Saffron Revolution’ at the Singapore Biennale, » Theatre Research International, vol. 41, no. 1, 2016, p. 21-39
→Wu, Simon, « Modify Your Dissent: A Performance on the Streets of Yangon, » in MoMA Post: notes on art in a global context, 10 mars 2021, https://post.moma.org/modify-your-dissent-a-performance-on-the-streets-of-yangon/
13th Biennale de Berlin, Berlin, 14 juin 2025–14 septembre 2025
→2e Biennale de Singapour, Singapour, 11 September – 16 novembre 2008
→Nippon International Performance Art Festival (NIPAF), Japon (plusieurs villes), 16 juillet – 3 août 2004
Artiste multidisciplinaire birmane.
Chaw Ei Thein obtient un bachelor en droit de l’université de Yangon en 1994, mais une fois diplômée, elle choisit de poursuivre une carrière artistique, à la fois comme praticienne et comme enseignante. Son père, le célèbre peintre Maung Maung Thein (né en 1938), lui tient lieu de mentor et influence grandement sa pratique, en particulier ses questionnements conceptuels et son approche par projet.
En 2004, elle réalise sa première performance, intitulée MEs, où, enroulée dans de longues bandes de soie, elle est tiraillée dans des directions contraires. La même année, elle voyage hors de Birmanie pour la première fois afin de participer au Nippon International Performance Art Festival (NIPAF), à l’invitation de Seiji Shimoda (né en 1953). Cet événement l’inspire à poursuivre la performance publique en Birmanie à son retour. Elle collabore avec Htein Lin (né en 1966), alors que ce dernier vient d’être libéré de son emprisonnement par la junte militaire, pour réaliser Mobile Market / Mobile Gallery, le 6 mai 2005. Les artistes se présentent comme des marchand·es ambulant·es, changeant fréquemment de lieu pour vendre des biens de la vie courante, du matériel artistique et des œuvres d’art (comme des dessins) à des prix atteignant presque ceux qui étaient les leurs vingt ans avant l’inflation. Pour rendre la monnaie lors de ces transactions, iels utilisent des pièces obsolètes présentant les effigies d’anciens leaders démocrates, tel le général Aung San, père d’Aung San Suu Kyi. Les objets symboliques dans ce projet permettent de critiquer de manière subtile les politiques monétaires de la junte militaire et les tentatives de cette dernière d’effacer le souvenir des mouvements démocratiques. À la suite de cette performance, les artistes sont arrêté·es et détenu·es pendant cinq jours pour vente à la sauvette. H. Lin et C. E. Thein collaborent pour une autre performance publique, On the Table (2005), lors de laquelle iels rejouent les événements qui ont suivi la sortie de prison d’Aung San Suu Kyi en 2002.
Comme une métaphore de la perte d’espoir à la suite de la révolution de Safran, qui a eu lieu un an plus tôt, C. E. Thein et Richard Streitmatter-Tran (né en 1972) produisent pour la Biennale de Singapour September Sweetness (2008) une grande installation sculpturale. Reprenant les styles architecturaux des temples birmans et construite à partir de 5,5 tonnes de sucre granulé, la structure se détériore au fur et à mesure de la biennale en raison des conditions climatiques et d’une infestation par des insectes. En 2009, C. E. Thein se rend à New York dans le cadre d’une résidence soutenue par l’Asian Cultural Council, durant laquelle elle crée Bed (2009) et diverses performances. À la suite de cette résidence, elle obtient l’asile politique et reste aux États-Unis – en 2017, elle quitte New York pour Santa Fe, au Nouveau-Mexique. Elle traduit visuellement sa première expérience de l’exil dans la série de peintures Far Away in NYC (2010).
Aux États-Unis, C. E. Thein continue à créer des œuvres sur la situation politique en Birmanie et sur la souffrance humaine. Dans sa série We Are Political Prisoners in Burma (2010-2015), l’artiste attire l’attention sur l’état critique des prisonnier·es politiques dans ce pays en dessinant sur sa peau et par des poses évoquant des actes de torture physique, où elle est attachée et bâillonnée. Opérant un retournement historiographique, elle reprend dans Body to Body (2016) des performances d’artistes de Birmanie dans lesquelles le corps est un lieu d’expression artistique et politique. Dans la même veine, Artist Streets (2025) déroule l’histoire de la performance en Birmanie, des années 1990 à 2021, dans une installation ambitieuse constituée de poupées fabriquées à la main.
Une notice réalisée dans le cadre du programme The Flow of History. Southeast Asian Women Artists, en collaboration avec Asia Art Archive
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026