Agerbeek, Barney (dir.), Kartika: For the Love of Life, LM Publishers, Edam, 2024
→Wright, Astri, « Kartika Affandi: Remarkable, Irrepressible Mistress of Paint, » in Agerbeek, Barney (ed.), Kartika: For the Love of Life, LM Publishers, Edam, 2024, p. 7-9
→Basile, Christopher, Kartika: 9 Ways of Seeing, 2018, 62 min.
Banyan: The Shelter of Life, Garrya Bianti, Yogyakarta, 10 décembre 2024 – 10 janvier 2025
→Kartika: Looking Back to Life, Galerie nationale d’Indonésie, Jakarta, 2004
→Première exposition individuelle, Indonesian-American Foundation, Jakarta, 1969
Peintre indonésienne.
Kartika Affandi, plus connue sous le nom de Kartika, naît dans la première famille d’artistes modernes « stars » d’Indonésie. C’est dans les années 1960 qu’elle se révèle comme peintre influente, au style figuratif expressionniste.
Elle fait partie des premier·es artistes d’Indonésie à grandir immergé·es dans les matériaux, les odeurs et les textures de l’art, ainsi que les expérimentations, les conversations et les voyages internationaux qui y sont liés. Son père, Affandi (1907-1990), est à la fois son premier professeur et celui qui exerce la plus grande influence sur elle. Comme lui, elle suit une formation fragmentée entre différentes institutions : l’école d’art Kala Bhavana, établie par Rabindranath Tagore à Shantiniketan, en Inde (1950) ; une école d’été à Londres (1952) ; et, quinze ans plus tard, le futur Frans Masereel Centrum de Kasterlee, en Belgique. Kartika apprend surtout par la pratique. Comme son père, elle finit par abandonner les pinceaux pour appliquer la peinture directement à partir du tube, avec ses doigts, utilisant ses mains comme une palette.
Elle suit en 1967 une formation de conservation à la Corcoran Gallery de Washington, D.C., puis en 1980 un cours en techniques de conservation à l’Académie des beaux-arts de Vienne. Elle continue à étudier la conservation des peintures au sein d’ateliers jusque dans les années 2000. La responsabilité de l’importante collection de son père, au Museum Affandi, un musée privé, ainsi que de son propre corpus d’œuvres, qui ne cesse de croître, lui fait prendre conscience de l’urgence des questions de conservation dans le contexte tropical humide d’Indonésie. S’ajoute à cela le manque d’espaces adéquats pour l’art moderne dans le pays : la Galerie nationale d’Indonésie, imaginée en 1945, n’ouvre qu’en 1999, tandis que le Musée d’art moderne et contemporain de Nusantara (MACAN) n’ouvre quant à lui qu’en 2017.
À partir du début des années 1980, Kartika crée une série d’autoportraits psychologiques expressifs, où elle explore la souffrance des femmes de manière symbolique et graphique, comme dans deux peintures à l’huile de 1981, Le Temps du commencement et Renaissance. Elle est surtout connue pour ses scènes villageoises, ses bateaux de pêche colorés et ses paysages montagneux, comme Vue de paysage, Grèce (1999). Elle peint directement sur place – que cela soit à la plage, sous la neige, en ville ou dans le désert. Elle produit aussi une série de portraits de familles de peuples autochtones d’Australie et de Nouvelle-Guinée occidentale, ainsi que des représentations de la souffrance humaine et animale, et oscille entre l’humour (Chienne et ses chiots, 1969) et le réalisme expressif (Grand-père et petit-fils, 1994).
Kartika crée des sculptures à partir de sa peinture Portrait de famille (1989), qui représente ses parents et elle-même comme parties d’un tout. Au début des années 2000, les thèmes des ancêtres, du sexe et de la mort se font plus présents. La mortalité est souvent abordée dans des autoportraits sculptés (Je suis coincée, 2007). Elle prépare sa propre tombe à l’extérieur de sa maison de bois de Java, au pied du volcan Merapi. Le thème de la sexualité émerge sous de nouvelles formes, comme dans ses sculptures phalliques humoristiques, douces satires du genre masculin (Amitié, 2005).
Kartika a fréquemment exposé ses œuvres en Asie, en Australie et en Europe, et a reçu des récompenses nationales et internationales. Artiste prolifique explorant différents médiums, elle est aussi décoratrice d’intérieur et paysagiste, et elle joue un rôle crucial dans la conservation de sa collection et celle de son père au Museum Affandi. Elle guide nombre de jeunes artistes, à travers sa galerie à domicile et son musée pour les artistes femmes près du mont Merapi. Elle s’illustre souvent comme conférencière, organisatrice d’ateliers de peinture, leveuse de fonds à la suite de désastres naturels et infatigable ambassadrice culturelle.
Une notice réalisée dans le cadre du programme The Flow of History. Southeast Asian Women Artists, en collaboration avec Asia Art Archive
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