Cozzolino, Francesca, Maurin, Coralie, Solomoukha, Kristina, « Interroger et façonner des savoirs sensibles. Une collaboration entre art et anthropologie issue d’une enquête au Chiapas », dans Anne Bationo-Tillon, Francesca Cozzolino, Sophie Krier, Nicolas Nova (dir.), En quête d’images, écritures sensibles en recherche-création, Dijon, Presses du réel – ArTeC, 2024, p. 24-70
→Solomoukha, Kristina, Codeluppi, Paolo, « Lire les formes. Utilisation des motifs en quadrillage et en damier datés du Néolithique à l’époque moderne dans un projet d’art contemporain », Polygraphe(s), approches métissées des actes graphiques, no 04, 2022, p.112-117
→Solomoukha, Kristina, Turpin, Elfi, Courant, Jean-Marie, Journal, Paris, Bibliothèque Générale, 2013
Yes and No Parade & Cinema as Spare Parts / Parade du OUI et du NON & Cinéma en pièces détachées, CAC Les Capucins, Embrun, avril – juin 2017
→Les objets qui parlent, galerie Dohyang Lee, Paris, mars – avril 2012
→Pastime Paradise, PinchukArtCentre, Kyiv, Ukraine, avril – mai 2008
Artiste multidisciplinaire franco-ukrainienne.
Formée à l’École d’art industriel de Kyiv (1986-1989), Kristina Solomoukha s’installe en 1989 en France, où elle obtient le diplôme de l’École des beaux-arts de Paris (1995). Elle poursuit sa formation avec le post-diplôme des Beaux-Arts de Nantes (1997) puis effectue la quatrième année de l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais (2002). Sa pratique englobe l’installation, le dessin, la vidéo, la performance et les formes collaboratives, et explore les enjeux politiques et symboliques des images, des espaces urbains et des récits partagés. Nourris d’anthropologie, d’histoire et d’architecture, ses projets se déploient comme des enquêtes sur le lieu et les protocoles de connaissance, où se mêlent poésie, humour, fiction et critique sociale.
Dès ses débuts, K. Solomoukha fait de la ville un lieu de réflexion. Dans ses installations Projet/Cinéma (1998) et Shedding Identity (2006), la lumière et les fragments du tissu urbain deviennent des métaphores des relations changeantes entre l’espace, la mémoire et l’identité. Son exposition Pastime Paradise (PinchukArtCentre, Kyiv, 2008) dissèque avec humour les imaginaires urbains post-soviétiques, imprégnés de nostalgie, de kitsch et d’utopie. Sa fascination pour les espaces liminaires et suspendus s’exprime dans ses expositions solo Stoptime Hotel (Fundació La Caixa, Barcelone, 2006) et 3 305,74 TTC (Le Dojo, Nice, 2009), qui évoquent des visions abandonnées du progrès. Ses aquarelles, de Geography of Nowhere (2006) à Dancing at the Edge of the World (2024), prolongent cette réflexion en dissolvant les échangeurs d’autoroute en paysages post-humains et spéculatifs.
Son travail se déploie souvent dans l’espace public, comme une architecture éphémère du commun et du politique. À la Biennale de Bordeaux (2009), Haut-parleur – un monument fait de haut-parleurs muets diffusant des bulles de savon – a questionné la fragilité du discours public. D’autres interventions explorent la tension entre fonction et fiction, intime et collectif : Mind the Gap Fountain (Atlanta, 2008) transforme un pick-up en fontaine publique ludique, tandis que Lighthouse (Mokpo, Corée du Sud, 2010) s’élève tel un phare abstrait, méditant sur l’orientation et l’isolement.
Nombre des projets de K. Solomoukha sont issus de recherches sur le terrain, nourries d’images et d’histoires collectées. Dans son exposition Les Objets qui parlent (galerie Dohyang Lee, Paris, 2012), des « contrats » en argile inspirés des calculi mésopotamiens deviennent des vaisseaux poétiques de mémoire et d’échange. Sa vidéo House of the Bear (avec Paolo Codeluppi, 2015) revisite le mythe amérindien de la Devils Tower, dans le Wyoming, évoquant le lien entre paysage, mémoire et cosmologie. Au Chiapas, sa collaboration avec l’anthropologue Francesca Cozzolino sur l’iconographie zapatiste a nourri Atlas Caracol (2022), une cartographie de l’imagerie insurgée.
La pratique de K. Solomoukha repose sur la collaboration, tissant art, activisme et pédagogie. Professeure à l’Ensad Paris, l’artiste mène ses recherches au sein d’EnsadLab, autour de formes de création partagée et située. Depuis 2020, avec P. Codeluppi, elle dirige La Maison de l’ours, à Montmartre, un lieu de création devenu un point d’ancrage pour la scène artistique ukrainienne en exil. K. Solomoukha a été nommée pour le prix AWARE 2025. Son œuvre, largement exposée (Tate Modern, palais de Tokyo, documenta 15, Biennales de Lyon, de Berlin et de São Paulo), figure dans les principales collections publiques françaises (CNAP, FNAC, FRAC).