Yves Badel, « Du Nouveau sur le peintre Rémi-Fursy Descarcin (Chauny 1747 – Nantes 1793), un talent décapité », dans Bulletin de la Société de l’histoire de l’art Français, 2011, p. 37-53
Portraitiste française.
L’acquisition en 2022 par le musée des Beaux-Arts de Rennes du Portrait d’Antoine Vieillard de Boismartin, première œuvre certifiée de Marie Caroline Descarsin, permet de redonner une visibilité à cette artiste portraitiste active autour de 1800, dont l’œuvre et la vie demeurent encore à reconstituer. Elle est la fille aînée du peintre Rémi Fursy Descarsin (1747-1793). C’est auprès de lui que la jeune fille est formée à l’art du dessin et de la peinture. Enfant particulièrement douée, elle est d’abord remarquée pour ses talents de musicienne virtuose. Elle donne en effet dès l’âge de onze ans des concerts de harpe, accompagnée de sa sœur cadette Sophie : sous la conduite de leur père, elles se produisent pour la première fois au Salon de la correspondance, à Paris, en 1785 et enchaînent par la suite des concerts « à leur bénéfice ». Entre 1786 et 1789, on les applaudit à Rouen, à Bordeaux ou encore à Paris. Certaines de ces représentations sont l’occasion pour R. F. Descarsin de présenter une sélection de ses propres œuvres peintes.
Sous la Terreur (1793-1794), le père de famille est arrêté et condamné comme meneur des rebelles et contre-révolutionnaire ; il est guillotiné à Nantes le 24 brumaire an II (14 novembre 1793). Son épouse et ses deux filles sont emprisonnées, avant d’être libérées et laissées dans une grande indigence. Quelque temps plus tard, le tribunal ayant jugé R. F. Descarsin est discrédité, ce qui permet à sa veuve de récupérer ses biens et son logement. Dans ses réclamations aux administrateurs du département, elle témoigne de l’activité artistique de sa fille Caroline puisqu’elle demande la restitution à son bénéfice des tableaux que son père lui a donnés, précisant que, « sans ces objets, elle ne peut continuer cet art, le seul bien qu’elle ait pour nous faire exister » (Archives départementales de Loire-Atlantique, Q471, fol. 252).
L’essentiel des informations que nous possédons aujourd’hui sur la vie et la carrière de M. C. Descarsin sont issues de l’étude qu’Yves Badel a consacrée à son père en 2011. Les archives et documents mentionnés par ce dernier concernent surtout R. F. Descarsin, mais ils évoquent aussi à plusieurs reprises l’activité de peintre de sa fille. Ainsi, les pistes offertes par cette étude pourront être plus amplement exploitées pour développer la biographie de celle-ci (mentionnée à partir de 1808 comme « M. C. Prigent, née Decarsin »), dont la vie mouvementée et l’œuvre restent en grande partie à recomposer.
Le Portrait d’Antoine Vieillard de Boismartin est assurément attribué à M. C. Descarsin par une annotation manuscrite du fils du modèle au dos de la toile. Cette inscription précise que l’artiste a réalisée cette peinture en 1791, c’est-à-dire à l’âge de dix-sept ans, et qu’elle est une amie de la famille. L’acquisition de l’œuvre s’est accompagnée du don de son dessin préparatoire. Si celui-ci demeure assez schématique, ce qui pourrait s’expliquer par une séance de pose assez rapide au cours de laquelle l’autrice aurait simplement fixé les grands traits de la physionomie de son modèle, le tableau témoigne au contraire d’un travail de peintre maîtrisé et sensible. D’une grande simplicité dans la mise en page, l’œuvre concentre l’attention sur le visage et l’expression d’A. Vieillard de Boismartin, dont la forte présence est parfaitement restituée. L’exécution comprend de belles réussites, telles que le rendu de la peau abîmée autour de la bouche et au menton. La comparaison de cette œuvre avec les portraits conservés de R. F. Descarsin montre une plus grande sensibilité dans l’approche picturale de la jeune fille.
A. Vieillard de Boismartin est dramaturge, mais c’est surtout une personnalité du monde juridique tant par ses fonctions que par ses écrits. Il est décoré sous l’Empire de la croix de chevalier de la Légion d’honneur. La présence anachronique de cette décoration, instituée en 1804 et assez maladroitement positionnée sur son portrait clairement daté de 1791, s’explique par le fait que ce détail a été ajoutée après 1804. Il ne figure d’ailleurs pas sur le dessin du portrait.
Une notice réalisée en partenariat avec le musée du Louvre.
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