Mark Sealy et Gaëtane Verna (dirs.), Sasha Huber: YOU NAME IT, cat. exp., The Power Plant Contemporary Art Gallery, Toronto (Canada) (4 Février – 1 Mai 2022), Mousse Publishing, 2023
→Mika, Kasia, « Sensing History, Seeking Justice: Affect, Solidarity and Wake Work, in Sasha Huber’s Shooting Back and Haïti Chérie », Third Text, 36(6), 2022, p. 559–582
→Cheddie, Janice, « Sasha Huber’s Rentyhorn: Challenging Political Race-less-ness in Switzerland », Third Text, 30(5–6), 2016, p. 368–387
YOU NAME IT, Autograph, Londres (United Kingdom), 11 Novembre 2022 – 25 Mars 2023
→YOU NAME IT, The Power Plant Contemporary Art Gallery, Toronto (Canada), 4 Février – 1 Mai 2022
→Sasha Huber, a solo exhibition, Kunstinstituut Melly, Rotterdam (Netherlands), 9 Avril – 12 Septembre 2021
Artiste visuelle suisse, haïtienne et finlandaise.
Sasha Huber, artiste visuelle et chercheuse, vit à Helsinki. Diplômée en culture visuelle de l’université Aalto, elle prépare actuellement un doctorat en recherche artistique à la Zurich University of the Arts.
S. Huber relie l’exploration de sa double ascendance suisse et haïtienne à une constellation élargie de récits postcoloniaux et diasporiques, affirmant ainsi une posture de solidarité transnationale. Son œuvre aborde les politiques de la mémoire, les violences épistémiques et les inégalités structurelles, qu’elle scrute aussi bien dans les archives coloniales que dans les paysages contemporains. Elle confronte la colonialité du temps pour produire, selon la chercheuse Kasia Mika, une « archive d’affects ».
Le geste artistique de S. Huber se distingue par l’usage du pistolet à agrafes à air comprimé, qu’elle manie à la fois comme outil plastique et comme symbole de violence mais aussi de guérison. La série Shooting Back – Reflections on Haitian Roots (2004) est emblématique de cette démarche. L’artiste y représente Christophe Colomb ainsi que François et Jean-Claude Duvalier – des figures dont les actions ont façonné l’histoire sociale et politique d’Haïti. Par la répétition sonore et visuelle du « tak-tak-tak » de l’agrafeuse, S. Huber fait entendre une cadence de la violence, où chaque impact devient marque, rythme et trace perforée. Avec la série Shooting Stars, amorcée en 2014, elle poursuit ce geste en « tirant le portrait » de figures historiquement et géographiquement éloignées dont elle honore les vies sacrifiées.
Depuis 2007, elle participe en tant que membre du comité à la campagne « Demounting Louis Agassiz », lancée par l’historien suisse Hans Fässler, qui milite pour changer le nom du pic Agassiz, un sommet alpin nommé ainsi en l’honneur du théoricien suisse du racisme biologique. La montagne a été symboliquement rebaptisée « Rentyhorn » en hommage à Renty, un Congolais réduit en esclavage aux États-Unis et dont le portrait faisait partie d’une série commandée par Agassiz à des fins de taxinomie raciale. Avec la série d’autoportraits Agassiz : The Mixed Traces (2010 – 2023) et la vidéo Louis Who ? What you should know about Louis Agassiz (2010), réalisée à Rio de Janeiro, l’artiste reterritorialise des espaces marqués par la toponymie coloniale en engageant un dialogue et des collaborations avec des peuples autochtones. De même, dans la série Tailoring Freedom (2021-23), S. Huber imprime sur bois les portraits d’esclavisées commandées par Agassiz, qu’elle habille d’agrafes en s’inspirant de tenues de militant·es abolitionnistes tel·les Harriet Tubman et Frederick Douglass.
En 2010, à la suite du séisme en Haïti, S. Huber réalise la vidéo-performance Haïti chérie. Vêtue d’une combinaison aux couleurs du drapeau haïtien, elle dessine des anges dans la neige sur la mer Baltique gelée pour commémorer les victimes d’une tragédie dont les causes précèdent largement le tremblement de terre.
Son travail s’inscrit dans une recherche qui célèbre la pluralité des histoires et des expériences sans les réduire à une narration unique. L’art y est conçu comme un espace critique, œuvrant en réponse à la violence historique et à l’inaction judiciaire. Il vient troubler le familier, notamment en interrogeant la participation de la Suisse et des pays nordiques au projet impérialiste – malgré leurs affirmations d’« innocence coloniale » – ainsi qu’en redressant les récits qui présentent Haïti comme une aberration maudite.
En 2018, S. Huber reçoit le State Art Prize finlandais. Elle bénéficie également d’une bourse du Arts Promotion Centre Finland (2022-2026). Son travail a été présenté à la Biennale de São Paulo (2010) et à la Biennale de Sydney (2014).
Une notice réalisée dans le cadre du programme +1.
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