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Tamara de Lempicka

1898Varsovie, Pologne | 1980Cuernavaca, Mexique
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Tamara de Lempicka — AWARE Women artists / Femmes artistes

© Photo : Madame d’Ora © FineArtImages/Leemage

Peintre polonaise.

Née d’un père juif russe et d’une mère polonaise, Tamara de Lempicka passe son enfance entre Saint-Pétersbourg, Varsovie et Lausanne. De ses premières années, elle garde le souvenir d’une vie privilégiée, ponctuée par de prestigieuses soirées dans l’entourage cultivé de la noblesse pétersbourgeoise. Tout juste mariée depuis 1916 à l’avocat polonais Tadeusz Lempicki, elle voit le bonheur aisé auquel elle se destinait emporté par la révolution d’Octobre 1917. Obligé de fuir le régime bolchevique, le couple se retrouve à Paris, où la jeune femme doit vendre ses bijoux pour survivre. Elle divorce en 1928 pour se remarier avec le baron Raoul Kuffner en 1933. À Paris, elle fréquente les ateliers de Maurice Denis et d’André Lhote. Elle parvient à trouver son propre style vers 1925, quand, encouragée par le comte Emanuele di Castelbarco, galeriste milanais, elle peint 28 nouveaux tableaux en six mois, dont une trentaine sont exposés à la galerie Bottega di Poesia à Milan. Devenue très rapidement l’une des portraitistes les plus à la mode, elle enchaîne les portraits des représentants de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie italienne et française – le marquis d’Afflito (1925) ou la duchesse de la Salle (1925). Outre les acteurs de la société brillante qu’elle peint et veut conquérir, c’est la modernité elle-même qui transparaît comme fil conducteur de ses œuvres. Le cadrage ultraserré et le regard théâtral de certains des personnages semblent venir du cinéma muet du début du XXe siècle. L’architecture contemporaine, la ville et surtout les gratte-ciel new-yorkais qui la fascinent, se retrouve dans l’arrière-plan de ses tableaux.

Son style, qui associe le néocubisme à la finition et à l’expressivité du maniérisme italien, s’inspire de Jean Auguste Dominique Ingres, en y ajoutant une touche de perversité. Sa manière est étonnante : bien qu’elle ne produise presque aucune étude préparatoire, ses figures sont modelées à perfection. La linea serpentina, expression suprême de la beauté pour les théoriciens italiens du xvie siècle, anime les corps et imprègne l’œuvre d’un dynamisme surprenant. Ainsi, le célèbre Portrait d’André Gide (vers 1925) réduit le personnage à une « charge d’énergie comprimée », selon l’expression de Germain Bazin, avec ses yeux vides et noirs sans lunettes dans un visage tordu. Le traitement des personnages représentés traduit souvent leur détermination et leur sensualité, laquelle est d’autant plus affichée que le flirt préside souvent aux séances.

Revendiquant sa bisexualité, l’artiste ose peindre la femme comme peu d’hommes l’avaient fait, s’apparentant à Gustave Courbet dans l’impudence et la lascivité de ses nus féminins. Une certaine Rafaela pose ainsi pour elle pendant près d’une année et sert de modèle pour le célèbre tableau La Belle Rafaela en vert (vers 1927), dont la somptuosité des formes, la franchise de l’attitude et l’effet dramatique de l’éclairage en font l’un des nus les plus extraordinaires de l’histoire de l’art. Souvent désignée comme « femme peintre de femmes », l’artiste avouera que c’est son propre portrait qu’elle peint à travers chaque œuvre. Et, quand on lui commande un autoportrait, elle se représente dans une Bugatti verte, qu’elle n’a jamais possédée, avec gants et casque de luxe empruntés à une photographie de l’époque. Dans ce tableau, intitulé Mon portrait ou Autoportrait dans la Bugatti verte (1925), l’artiste se transforme en véritable icône de la femme moderne, maîtresse de la mode et de la vitesse.
Installée aux États-Unis depuis le début de la Seconde Guerre mondiale avec son second mari, la peintre devient pratiquement oubliée dans une Europe peu intéressée par le monde qu’elle dépeint. Il faut attendre 1972 pour qu’une exposition à la galerie du Luxembourg la redécouvre et pour que l’on se passionne à nouveau pour, selon les mots de Magdeleine Dayot, « l’improbable et assurément curieuse trinité du modernisme extrême, du classicisme le plus pur et du romantisme le plus brûlant » qu’incarna T. de Lempicka.

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Hanna Murauskaya

Extrait du Dictionnaire universel des créatrices
© 2013 Des femmes – Antoinette Fouque
Tamara de Lempicka — AWARE Women artists / Femmes artistes

Tamara de Lempicka, Andromède, 1929, © Photo : Electa/Leemage, © ADAGP, Paris

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Tamara de Lempicka, Le chinois, 1921, huile sur toile, 35 x 27 cm, © Photo : Josse/Leemage, © ADAGP, Paris

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Tamara de Lempicka, Femme bleue à la guitare, 1929, © Photo : Electa/Leemage, © ADAGP, Paris

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Tamara de Lempicka, Adam et Eve, 1932 © Photo : Electa/Leemage, © ADAGP, Paris

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Tamara de Lempicka, La chemise rose, 1933 © Photo : Electa/Leemage, © ADAGP, Paris

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Tamara de Lempicka, Portrait de la romancière, chanteuse française Suzy Solidor (1900-1983), 1933, 46 x 37,5 cm, © Photo : Lebrecht/Leemage, © ADAGP, Paris

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