Lacas, Martine (dir.), Peintres Femmes, 1780-1830. Naissance d’un combat, cat. exp., Musée du Luxembourg, Paris [3 mars – 4 juillet 2021], Paris, RMN, 2021
→Naef, Hans, « Die Malerin Hortense Lescot und der Architekt L.-P. Haudebourt » [La peintre Hortense Lescot et l’architecte L.-P. Haudebourt], dans Die Bildniszeichnungen von J.-A.-D. Ingres [Les portraits dessinés de J.-A.-D. Ingres], Berne, Benteli, vol 1, 1977, p. 431-443
→Sutherland Harris, Ann et Nochlin, Linda, Femmes peintres. 1550-1950, Paris, Éditions des Femmes, 1971, p. 218-219 (version française traduite de l‘américain)
Peintre française.
Hortense Haudebourt-Lescot figure parmi les rares artistes femmes qui eurent une véritable carrière dans la première moitié du XIXe siècle. Orpheline de père à un très jeune âge, Hortense Viel choisit, adulte, de porter le nom de son beau-père, Jean-Louis Lescot. Elle manifeste des dons précoces pour la danse et pour la peinture, et devient, enfant – dès l’âge de sept ou dix ans selon le témoignage de ses contemporain·es – élève du peintre d’histoire Guillaume Guillon Lethière (1760-1832). En 1807, elle se rend à Rome accompagnée d’ami·es de sa famille. G. Guillon Lethière, alors directeur de l’Académie de France à Rome, lui permet d’achever sa formation en lui faisant intégrer la Villa Médicis où elle peut, notamment, dessiner d’après l’antique. Le maître a beaucoup d’estime pour le talent d’H. Lescot et il la fait bénéficier de sa protection, de ses conseils et de son réseau. Il la met en relation avec de nombreux·ses artistes dont Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) et Antonio Canova (1757-1822). Ce long séjour en Italie (1807-1816), exceptionnel dans le cursus d’une artiste femme qui n’a pas accès au concours du prix de Rome, est décisif. H. Lescot expose à Rome, au Capitole, est élue en 1810 membre de l’Academia di San Luca et participe cette même année pour la première fois au Salon à Paris avec huit scènes de genre de la vie italienne. Son envoi de 1812, Le Baisement des pieds de la statue de saint Pierre dans la basilique Saint-Pierre de Rome (Musée national du château de Fontainebleau), acquis par Louis XVIII, montre qu’elle était devenue une artiste accomplie au talent déjà reconnu.
À son retour en France, au début de la Restauration, sa carrière prend un nouvel essor ; elle est nommée peintre de la duchesse de Berry, et expose sans discontinuer au Salon où ses sujets italiens – madones, pifferari (musiciens ambulants), paysans en costumes régionaux chatoyants – rencontrent un vif succès. Elle ouvre un atelier où viennent peindre, pour leur agrément, des femmes de la haute société, mais qui forme aussi des artistes professionnelles comme Julie-Agathe Fabre d’Olivet (1806-1871) ou Atala Varcollier Stamaty (1803-1885). En 1820 la peintre épouse l’architecte Louis Pierre Haudebourt (1788-1849) – elle signe à partir de cette date Haudebourt Lescot. Elle tient aussi un salon réputé qui attire des personnalités éminentes parfois influentes du monde des arts et qui contribue à sa renommée et à son rayonnement social. Sous la monarchie de Juillet, Louis-Philippe lui commande, pour le Musée historique de Versailles, une série de huit portraits (1835) et deux tableaux d’histoire (1837 et 1838). Durant sa carrière elle expose plus d’une centaine d’œuvres au Salon ; ses sujets de prédilection sont des scènes de genre, pittoresques ou sentimentales. Elle est aussi une excellente portraitiste : l’autoportrait de 1825, une de ses œuvres les plus fameuses (musée du Louvre), la présente au travail, pensive, intellectuelle, sobrement vêtue loin des modèles de portraits d’apparat séduisants ou mondains.
Les nécrologies publiées à sa mort soulignent sa place éminente dans la vie artistique de son temps et certaines relèvent le caractère novateur de ses scènes pittoresques italiennes qui précèdent celles qui firent la gloire de Jean Victor Schnetz (1787-1870) ou de Léopold Robert (1794-1835).
Une notice réalisée en partenariat avec le musée du Louvre.
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