Thomas, Zoe, “Between art and commerce: women, business ownership and the arts and crafts movement”, Past and Present, vol.247, 1, 2020, p.151–96
→Thomas, Zoe Women Art Workers and the Arts and Crafts Movement, Manchester, Manchester University Press, 2020
→Karlin, Elyse Zorn, Maker and Muse: Women and Early Twentieth Century Art Jewelry, The Monacelli Press, 2015
Maker and Muse: Women and Early Twentieth Century Art Jewelry, The Richard H. Driehaus Museum, Chicago, février 2015 – janvier 2016
→World’s Columbian Exposition (Chicago World Fair), Chicago, mai – octobre 1893
→Exposition Universelle, Paris, mai – novembre 1878
Orfèvre et bijoutière britannique.
Charlotte Isabella Newman est la seule femme assez qualifiée en termes d’expérience et de savoir-faire pour pouvoir se présenter comme orfèvre dans l’Angleterre victorienne. Elle est aussi unique en ce qu’elle a été la seule bijoutière à fabriquer ses pièces dans sa boutique même.
Née à Mayfair, à Londres, en 1836, C. Newman fréquente la Government School of Design (actuel Royal College of Art) dès l’âge de quatorze ans. Elle y poursuit sa formation lorsque l’école déménage au South Kensington Museum (actuel Victoria and Albert Museum). Le fondateur de ce musée, sir Henry Cole, l’encourage dans sa carrière de créatrice en lui disant : « À l’avenir, Mademoiselle, vous devez vous consacrer au dessin. » (Tooley, 1895) Malgré son envie de poursuivre une carrière littéraire, C. Newman passe donc les années suivantes à dessiner des modèles de tapis, de céramiques, de papiers peints et de tissus, avant d’épouser Philip Newman en décembre 1860.
C. Newman rencontre peu après son mariage le bijoutier John Brogden (1819-1884), qui la prend volontiers sous son aile comme créatrice dans son entreprise. Ils travailleront ensemble pendant vingt ans. Leur collaboration offre à C. Newman l’opportunité d’exposer son travail à l’Exposition universelle de Paris en 1867 puis à celle de 1878, où elle est récompensée de la médaille d’honneur en tant que « collaboratrice ». Après avoir conçu un pendentif pour la princesse Louise, elle grimpe les échelons et passe de dessinatrice à gérante de l’entreprise.
C. Newman est reconnue pour son style caractéristique du goût contemporain pour l’archéologie, inspiré par les fouilles de sites étrusques et romains. Ses créations singulières chez J. Brogden lui apportent une reconnaissance qui permet de rivaliser avec celle du bijoutier Castellani. C. Newman est aussi une figure clef de la mode des débuts des Arts and Crafts, et elle fait preuve d’une grande attention au détail dans la conception comme dans la production. L’Album Brogden (conservé au Victoria and Albert Museum), qui réunit soixante-quinze de ses créations, est un témoignage rare de la diversité des styles de bijoux entretenue par l’entreprise.
Après la mort de J. Brogden en 1884, C. Newman embauche ses artisans et ouvre sa propre boutique vers Bond Street, qu’elle baptise « Mrs Newman’s » – le nom sous lequel elle se présente souvent, tandis qu’elle signe ses pièces « Mrs N » : en tant que chef d’entreprise, elle est l’une des rares femmes à pouvoir le faire à cette époque. Elle manifeste son soutien aux artistes femmes en adhérant à la Women’s Guild of Arts et au Lyceum Club, tous deux fondés en réponse à l’exclusion de ces dernières d’organisations artistiques dominées par les hommes.
C. Newman ne produit que des pièces uniques et déclare avoir pour règle de ne jamais répéter une idée afin de garantir à sa clientèle la singularité des pièces achetées. Elle refuse même de disposer ses créations dans la vitrine de sa boutique, afin d’éviter qu’elles ne soient copiées par les passants, et est fière d’être capable de renoncer à ce type de publicité du fait de son excellente réputation. En 1897, elle déplace son commerce à Savile Row et est nommée orfèvre de la cour. Elle y reste jusqu’à sa retraite en 1910, moment où sa fille et sa petite-fille reprennent l’entreprise, qu’elles dirigent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le nom de C. Newman continue de bénéficier d’une grande attention de nos jours ; ses œuvres atteignent des prix élevés lors des enchères et sont conservées dans d’importants musées, tel le British Museum.
Une notice réalisée en partenariat avec le Victoria & Albert Museum.
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