« Entretien par Béatrice Lapadat », in Claudia Triozzi. Pour rien mais dans le bon sens (dossier de presse Festival d’automne), mars 2024, en ligne : https://www.festival-automne.com/storage/medias/claudia-triozzi_o_1i338cc85gvg19iqtv4d1m1sufh.pdf
→Derrien, Marianne, Cotinet-Alphaize, Jérôme, Some of Us : Artistes contemporainexs. Une anthologie, Paris, Manuella éditions, 2024
→Brignone, Patricia, La Ménagerie de verre, nouvelles pratiques du corps scénique, Romainville, Al Dante, 2006
Pour une thèse vivante, galerie Ygrec-ENSAPC, Aubervilliers, 15 mai – 3 juin 2021
→Le Juste prix, Fondation d’entreprise Pernod Ricard, Paris, 19 mai – 12 juin 2021
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Jeux, Rituels et récréations, Gare Saint-Sauveur, Lille, 7 septembre – 5 novembre 2017
Chorégraphe, scénographe et plasticienne franco-italienne.
Claudia Triozzi se forme encore enfant à la danse classique. Au début des années 1980, dans une Italie marquée par les années de plomb, elle travaille deux ans à la chaîne dans une usine, aux côtés d’autres femmes. Cette expérience ancrée dans le corps et le réel relie sa formation en danse et son approche de la création contemporaine. À la même période, elle suit plusieurs workshops à Milan et Paris, notamment avec Carolyn Carlson (1943-), qui lancent sa carrière.
Installée à Paris en 1985, en pleine effervescence de la nouvelle danse française, elle travaille dans les années 1990 avec des chorégraphes tel·les qu’Odile Duboc (1941-2010), Georges Appaix (1953-) et François Verret (1955-). En 1991, son interprétation dans Villanelles d’O. Duboc la fait connaître auprès du public. Suite à sa collaboration avec F. Verret pour Rapport pour une académie (1995), elle commence à élaborer ses propres spectacles, où corps, gestes et voix construisent des tableaux ancrés dans des durées réelles (le temps d’une cigarette, celui de la découpe d’un bœuf par un boucher, etc.). Elle crée des dispositifs scéniques avec des objets et des machines domestiques détournés. Son travail mêle ainsi danse et arts plastiques, chaque pièce intégrant une scénographie originale conçue par l’artiste elle-même.
Sa première création, Park (1998) est danse, performance et tableau vivant à la fois. Le féminin y apparaît comme espace d’aliénation, de jeu, de plaisir et de projection, connoté par une série d’artifices et de gestes déplacés. Park est un manifeste sarcastique et poétique, où le corps mécanique et le corps pulsionnel se rejoignent, propice à faire délirer le sens dans le ton des avant-gardes. Elle y apparaît habillée d’un tablier de ménagère, assise la tête coincée dans un cuiseur pour hot dogs à vapeur, en écho à plusieurs performances emblématiques féministes telles Semiotics of the Kitchen (1975) de Martha Rosler (1943-).
C. Triozzi est professeure d’enseignement artistique à l’école supérieure d’arts de Rueil-Malmaison (2006-2011), à l’école nationale supérieure d’art de Bourges (2011-2018) et enfin à l’école nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy (depuis 2018). Dans ce contexte, elle élabore Pour une thèse vivante (2011-2019), recherche en six épisodes scéniques, ayant l’exigence d’être un doctorat « en acte ». Elle y propose de construire collectivement un centre national chorégraphique en terre et en paille, à la fois habitat précaire, lieu d’accueil et métaphore d’une école utopique, et invite boucher·es, faiseur·ses de nœuds, psychanalystes, entre autres, à exercer leur métier sur scène, affirmant également un travail d’écriture critique.
Pour rien mais dans le bon sens (2022) est réalisé à partir d’ateliers qu’elle mène dans les Ehpad avec des personnes âgées. Projet de transmission et d’enquête, il ouvre une réflexion sur ce que l’exercice de la danse, de l’interaction avec des objets et de la voix peut apporter à des personnes confinées dans des espace-temps rejetés par la société. Il est présenté au Festival d’Automne (2024) avec une installation vidéo et un assemblage tubulaire aux limites de l’architecture, rappelant d’autres dispositifs scéniques construits par l’artiste, notamment Boomerang ou le retour à soi (2013). En recueillant les récits, les écholalies, les vacillements des participant·es, C. Triozzi réfléchit sur le rapport du corps à la machine, l’incorporation physique et émotionnelle des gestes du travail et leur déplacement poétique aux frontières de la danse.