Ansari, Saira, Rupak / 2016–2017, cat. exp., documenta 14, Athènes (8 avril – 16 juillet 2017), Dubaï, Grey Noise, 2017
→Ginwala, Natasha, « Lala Rukh – Introduction », documenta14, consulté le 7 janvier 2026, https://www.documenta14.de/en/south/902_lala_rukh_introduction_by_natasha_ginwala
→Lookman, Mariah, « Lala Rukh », in Eungie Joo (dir.), Sharjah Biennial 12: The Past, the Present, the Possible, cat. exp., Sharjah Biennal 12, Sharja (5 mars – 5 juin 2015), Sharjah, Sharjah Art Foundation, 2015, p. 296-305
Lala Rukh: In the Round, Sharjah Art Foundation, Sharjah, 24 février 2024 – 16 juin 2024
→Sagar, Grey Noise, Dubaï, 9 mars – 13 mai 2017
→Exhibition of Works: 1989-2004, Zahoor-ul-Akhlaq Gallery, National College of Arts (NCA), Lahore ; VM Art Gallery, Karachi, 2004
Artiste, enseignante et militante féministe pakistanaise.
Lala Rukh naît à Lahore un an après l’indépendance du Pakistan consécutive à la partition de l’Inde britannique. Son nom d’artiste, fréquemment interprété comme un prénom et un nom, forme un tout indissociable qu’elle préfère utiliser intégralement (bien que, pour son entourage, elle soit simplement Lala). Lala Rukh grandit au sein d’une famille issue d’un milieu intellectuel, baignée dans la culture et la musique. En 1959, son père, Hayat Ahmad Khan (1921-2005), fonde la All Pakistan Music Conference (APMC). Cette institution revisite l’héritage musical classique du pays après la partition et perdure de nos jours. Lala Rukh contribue à l’APMC dès ses débuts et y observe des performances qui façonnent son art et son goût pour la musique.
Après son Master of Fine Arts de l’University of the Punjab (1970), Lala Rukh est diplômée de l’University of Chicago (1976), où elle entre en contact avec les pratiques et la musique conceptuelles et augmente à la fois son vocabulaire visuel et sa vision du monde. De retour à Lahore après ses études, elle approfondit sa pratique du dessin et commence à enseigner à l’University of the Punjab puis au National College of Arts (NCA). En 2000, elle fonde le programme de master en arts plastiques au NCA, et propose un modèle pédagogique innovant au Pakistan, qui met l’accent sur la recherche critique.
En tant qu’artiste, Lala Rukh développe un langage restreint et recherche avidement l’isolement et le calme, qu’elle trouve dans son atelier. Elle emploie principalement le dessin et des matériaux simples, éphémères – papier journal, copie carbone, papier photographique –, et explore le rythme, la lumière et le passage du temps, au moyen de notations minimales. Ses dessins Hieroglyphics (1995) et River in an Ocean (1992) traduisent la poésie et les paysages marins par de subtiles marques, tels des notes calligraphiques ou le mouvement de la marée, tandis que des œuvres comme Heartscape (1997) et Mirror Image (1997) évoquent le deuil et la mémoire collective sous forme de partitions visuelles abstraites sur des fonds quadrillés. L’horizon, motif que l’on retrouve dans nombre de ses œuvres, est pour elle une ligne à la fois visuelle et conceptuelle. Heartscape, dessiné à partir de l’électrocardiogramme de la mère de l’artiste jusqu’à sa mort, est particulièrement poignant par la sobriété caractéristique de son travail. Ici, son minimalisme n’est pas formaliste ; il émerge de l’expérience vécue, façonnée par la mémoire.
Lala Rukh est également membre fondatrice du groupe féministe Women’s Action Forum (WAF), établi en 1981, durant la dictature de Muhammad Zia-ul-Haq, pour lutter contre les lois discriminatoires et le recul des droits des femmes. Lorsque les imprimeries reçoivent l’interdiction de produire des documents jugés subversifs, Lala Rukh monte un atelier de sérigraphie chez elle, afin de concevoir et d’imprimer les affiches pour les campagnes de WAF. Elle publie ensuite In Our Own Backyard (1987), un manuel d’autoapprentissage de l’impression qui circule à travers les réseaux féministes d’Asie du Sud et permet à d’autres femmes de publier, de s’organiser et de prendre la parole.
La dernière œuvre réalisée par Lala Rukh (Rupak, 2016), une commande de la XIVe Documenta à Athènes, mêle animation sonore, unité calligraphique et cycle rythmique, et unit ses intérêts de toute une vie pour la musique classique et pour le dessin. Cette création, qui marque l’apogée de sa pratique, peu avant sa mort en 2017, est louée par les critiques et la fait connaître à un plus large public.
À travers ses formes minimales, ses prises de position et son engagement pour l’éducation, Lala Rukh partage une vision radicale et courageuse. Elle reste une figure centrale de l’art contemporain et de la pensée féministe d’Asie du Sud.