Kraus Karola, Entre deux actes – loge de comédienne, cat. exp., Staatliche Kunsthalle Baden-Baden, (25 juillet – 11 octobre 2009), Cologne, Walther König, 2009
→Badetz Yves, Janette Laverrière, Paris, Norma, 2004
Architecte d’intérieur et designeuse française.
Janette Laverrière naît dans un milieu artistique imprégné des idées du mouvement moderne. Après sa formation au dessin à l’Allgemeine Gewerbeschule (Bâle), elle entre en apprentissage, à Paris en 1931, chez le décorateur Jacques-Émile Ruhlmann (1879-1933), où elle rencontre Maurice Pré (1907-1988), qu’elle épouse la même année. Ensemble, ils réalisent du mobilier signé « M. J. Pré » qu’ils exposent au Salon des artistes décorateurs (SAD) à partir de 1936.
La guerre constitue un moment de rupture dans la trajectoire personnelle et professionnelle de J. Laverrière. Elle divorce et expose seule au SAD, où elle présente en 1943 des jouets en bois peint. En 1944, elle adhère au PCF et crée le Front national des artistes décorateurs, un syndicat rassemblant les décorateurs et décoratrices ayant participé à la Résistance et qui va œuvrer à la reconnaissance de leur activité comme profession libérale. C’est dans l’après-guerre que s’affirme son style, marqué par l’emploi de matériaux peu coûteux, comme le fer rond forgé, dicté tant par la nécessité économique que par la volonté de concevoir des meubles bon marché à destination des foyers modestes. Le mobilier créé par J. Laverrière se caractérise par une dimension modulaire parfois ludique, qui s’exprime par l’inclusion d’éléments rotatifs, articulés ou escamotables, telles une coiffeuse murale destinée à une loge de comédienne présentée au SAD en 1947 ou la bibliothèque tournante créée pour Pierrette Bloch en 1950.
Elle reçoit dans les années 1950 plusieurs commandes du Mobilier national, dont un Cabinet de travail d’une femme d’ambassadeur présenté au SAD de 1956, qui a pour thème « le cadre moderne de la vie féminine ». Entre 1961 et 1963, elle réalise l’ameublement et la décoration du palais présidentiel de Niamey, capitale du Niger, après l’indépendance du pays. En France, elle est sollicitée notamment pour concevoir l’intérieur de foyers de jeunes travailleurs ainsi que celui de l’Hôpital suisse de Paris.
Les cuisines qu’elle présente au Salon des arts ménagers entre 1954 et 1964, avec leurs éléments encastrés amovibles, sont représentatives de la démarche de J. Laverrière, qui fonde son design sur l’expérience quotidienne de l’usagère de cet espace, et allient travail de la couleur et fonctionnalité. Le mobilier en multiplis qu’elle développe à partir de la fin des années 1950 est évolutif et coloré, marqué par une dimension poétique manifeste dans le nom qu’elle donne aux objets (tables basses Coccinelle et Nénuphar, bibliothèque Arbre…). De 1989 à son décès en 2011, J. Laverrière travaille à la série de miroirs Évocations, qui sont autant d’hommages aux figures du paysage intellectuel engagé de la designeuse, comme Louise Michel, Victor Hugo ou encore Gustave Courbet.
Presque jamais édité pendant sa carrière, le travail de J. Laverrière connaît une reconnaissance tardive. Au SAD de 1987 lui est consacrée une rétrospective. Son travail est également mis à l’honneur dans Elles@centrepompidou en 2009 et fait l’objet de reconstitutions et d’expositions par l’artiste Nairy Baghramian (née en 1971) à la Kunsthalle de Baden-Baden et au Walker Art Center de Minneapolis.