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Critique

Dora Maar, artiste aux 1000 facettes

30.06.2019 |

Dora Maar, Sans titre, 1957, encre de Chine sur papier, 21 x 29,5 cm, Collection particulière, © ADAGP, Paris, © Photo : Droits réservés

L’exposition Dora Maar au musée national d’Art moderne – Centre Georges-Pompidou est la première monographie d’envergure consacrée à l’artiste française. Les commissaires, Damarice Amao et Karolina Ziebinska-Lewandowska, spécialistes de photographie, ont fait le choix judicieux de montrer toute la diversité de ses pratiques – des instantanés urbains aux photomontages, en passant par la peinture ou l’eau-forte – dans un parcours empli de surprises.

Dora Maar, artiste aux 1000 facettes - AWARE Artistes femmes / women artists

Dora Maar, Mannequin-étoile, 1936, épreuve gélatino-argentique, Collection Thérond, © ADAGP, Paris, © Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/A. Laurans/Dist. RMN-GP

Longtemps, le mythe de Dora Maar (1907-1997), éternelle muse de Pablo Picasso (1881-1973), beauté fatale immortalisée par Man Ray (1890-1976), a occulté son œuvre. Récemment encore, les musées rechignaient à s’intéresser à son seul travail au profit de mises en perspective contextuelles (citons Dora Maar. Bataille, Picasso et les surréalistes, galeries de la Vieille Charité, Marseille, 2002, ou Picasso/Dora Maar. Il faisait tellement noir…, musée national Picasso, Paris, 2006). Aussi cette rétrospective constitue-t-elle par son ambition même un événement majeur.

Après une enfance passée entre la France et l’Argentine, Henriette Theodora Markovitch entre à l’Union centrale des arts décoratifs en 1923, puis à l’académie Julian et à l’académie André Lhote, et elle s’initie à la photographie. Les premières salles s’ouvrent sur ces années de jeunesse, ses amitiés estudiantines, dont celle qu’elle noue avec Jacqueline Lamba (1910-1993), elle-même artiste et future épouse d’André Breton. Viennent ensuite l’évocation de ses débuts en tant que photographe professionnelle – statut encore rare à l’époque –, et les commandes effectuées pour l’édition et la presse féminine, à l’esthétique déjà teintée d’étrangeté (Mannequin-Étoile, 1936).

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Dora Maar, Portrait d’Ubu, 1936, épreuve gélatino-argentique, 24 x 18 cm, collection Centre Pompidou, Paris, musée national d’Art moderne – Centre de création industrielle, © ADAGP, Paris, © Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/A. Laurans/Dist. RMN-GP

La fréquentation des milieux d’avant-garde par celle qui se fait désormais appeler Dora Maar l’encourage à expérimenter davantage. Si sa production surréaliste est inégale, elle révèle un sens du grotesque aussi aigu qu’éphémère (Portrait d’Ubu, 1936). La jeune femme expose régulièrement et participe aux activités militantes de groupes engagés à gauche : Octobre, formé, entre autres, des frères Jacques et Pierre Prévert, puis Contre-Attaque, fondé par Georges Bataille. D. Maar réalise alors des portraits de son entourage artistique et intellectuel et pratique la photo de rue (Sans titre, 1933), témoignant notamment des conséquences sociales de la crise économique de 1929.

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Dora Maar, Nature morte, 1941, huile sur toile, 50 x 61 cm, Galerie Makassar-France, Paris, promesse de don au Centre Pompidou, musée national d’Art moderne, Paris, © ADAGP, Paris, © Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/A. Laurans/Dist. RMN-GP

La rencontre de D. Maar avec P. Picasso, en 1936, marque un tournant dans son œuvre mais aussi dans l’exposition. Place à la peinture à laquelle l’artiste se consacrera jusqu’à la fin de sa vie. Portraits de son compagnon, autoportraits et natures mortes se succèdent, sur toile et sur papier. Après sa rupture avec l’Espagnol, au début des années 1940, elle se tourne vers la religion catholique et acquiert une maison à Ménerbes, dans le sud de la France : la campagne provençale lui inspire de très nombreux paysages, proches de l’abstraction. C’est dans cette section que les découvertes sont les plus inattendues, l’œuvre peint et graphique de D. Maar ayant peu été montré jusqu’à aujourd’hui. Détails de la vie quotidienne – lits défaits, horloge ou fruits coupés – et visions presque illuminées de la nature (Sans titre, 1957) saisissent le public, étourdi au terme de sa visite de tant de liberté créatrice, de tant d’indépendance d’esprit.

 

Dora Maar, du 5 juin au 29 juillet 2019, au musée national d’Art moderne – Centre Georges-Pompidou (Paris, France).

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Pour citer cet article :
Camille Viéville, « Dora Maar, artiste aux 1000 facettes » in Archives of Women Artists, Research and Exhibitions magazine, [En ligne], mis en ligne le 30 juin 2019, consulté le 18 novembre 2019. URL : https://awarewomenartists.com/magazine/dora-maar-artiste-aux-1000-facettes/.
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