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Main, œil, appareil : les photographes à Paris durant l’entre-deux-guerres
Au programme scolaire
05.06.2020 | Julie Sabau

Florence Henri, Komposition II, 1928, tirage argentique, 17,2 x 23,9 cm, © Galleria Martini & Ronchetti, Genua/Italien, © Bahaus-Archiv Berlin

Au lendemain de la première Guerre Mondiale, de nombreuses femmes se saisissent de la photographie. Et Paris, carrefour des avant-gardes, devient un véritable lieu de rencontre et d’échanges pour ces artistes d’horizons divers.

La photographie, exempt d’une tradition masculine et attractive devient rapidement un medium de choix pour les femmes. Elles s’emparent du répertoire stylistique et théorique de l’image, contribuent à l’émergence de la modernité et participent aux mouvements artistiques tels que le surréalisme, la Nouvelle Objectivité, ou encore la Nouvelle Vision. Le développement de la presse illustrée leur ouvre des débouchés professionnels, la pratique de l’image est un moyen d’assurer un revenu régulier et de se faire connaître.

Les artistes investissent différents champs de la photographie. Berenice Abbott (1898-1991) et Rogi André (1905-1970) s’illustrent par leur pratique du portrait d’artistes et d’intellectuel·le·s. Florence Henri (1893-1982) produit des clichés publicitaires, notamment pour les parfums Lanvin. D’autres travaillent à des représentations du nu. Ergy Landau (1896-1967) capture des corps féminins, quant à Laure Albin-Guillot (1879-1962), elle est l’une des premières à figer l’image d’hommes dévêtus – sujet tabou lorsqu’il sort des cadres naturistes ou sportifs. Le médium devient également un moyen de maitriser leur mise en scène. Dans ses autoportraits, Claude Cahun (1894-1954) brouille les notions d’identités grâce à la mascarade. F. Henri utilise le miroir comme outil de mise à distance des assignations de genre et réinvente une construction esthétique de la représentation des femmes.

Les photographes ne restent pas cantonnées au travail en intérieur, elles en sortent pour conquérir des territoires occupés par les hommes tels que l’espace public et politique, et les marchés émergeants qu’étaient le photojournalisme et le photoreportage. Marianne Breslauer (1909-2001) immortalise la capitale française, montrant ses contemporaines, dans la rue, cigarette à la main. Lisette Model (1901-1983) documente une société bourgeoise et interroge les normes sociales. Ilse Bing (1899-1998) et Germaine Krull (1897-1995) s’emparent des symboles de la modernité, traditionnellement associés à ceux de la virilité : l’automobile, l’architecture industrielle ou les paysages géométriques. Enfin, Lee Miller (1907-1977) annexe le bastion masculin du reportage de guerre.

Les femmes photographes forment à Paris des réseaux de reconnaissance et d’apprentissage. L’Allemande Gertrude Fehr (1895-1996) ouvre en 1934 une école de photographie. E. Landau propose, quant à elle, des formations privées. Peu à peu, elles obtiennent un rôle clé dans la théorisation du médium et participent à son institutionnalisation. Gisèle Freund (1908-2000) soutien en 1936 la première thèse sur la photographie en France. L. Albin-Guillot, présidente de la Société des artistes photographes, organise des expositions où les femmes trouvent leur place.

L’importance des femmes photographes à Paris durant l’entre-deux-guerres est indéniable. Dès lors, comment expliquer l’oubli dans lequel ont été plongées nombre d’entre elles ? La critique de l’époque a attaché leur production à une spécificité féminine, la hiérarchisant ainsi par rapport à la création dite « universelle » et a considéré que si les femmes ont pu rivaliser avec les hommes, c’est grâce à l’appareil qui leur sert d’allié. En effet, Hélène Gordon, dans son compte-rendu de l’Exposition internationale de la photographie contemporaine en 1936 écrit « En photographie […] la femme a un collaborateur efficace et objectif surtout : l’appareil ». Considérer l’outil comme le récepteur de la capacité créatrice et dévaluer par conséquence la pratique des femmes est un moyen de plus de gommer leurs apports.

Aujourd’hui, de nombreuses expositions telles que Pictures by Women: A History of Modern Photography au MoMA (2010) ou encore Qui a peur des femmes photographes ?1839-1945 au musée de l’Orangerie et au musée d’Orsay à Paris (2015) mettent en lumière la richesse et la diversité du travail des femmes photographes.

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