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Critique

Les métamorphoses de Rebecca Horn, entre onirisme, spirituel et surréalisme

15.09.2019 |

Rebecca Horn, Achim Thode, Einhorn, 1970, © ADAGP, Paris

Exposition où s’entrecroisent poésie, musique, théâtre, cinéma et mécanique, Rebecca Horn. Théâtre des métamorphoses, au Centre Pompidou-Metz, déploie en six parties extensions corporelles, chimères et machines surréalistes de l’artiste Rebecca Horn (née en 1944).

Sa maladie pulmonaire est le point de départ des performances, vidéos et installations de R. Horn. Diplômée de la Hochschule für Bildende Künste de Hambourg en 1963, elle sera hospitalisée quatre ans plus tard en raison d’une intoxication pulmonaire provoquée par des vapeurs toxiques de résines polyester et de fibre de verre. Dès l’entrée de l’exposition, ses œuvres sont imprégnées de ses questionnements sur les possibilités du corps, qui font suite à son isolement en sanatorium.

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Rebecca Horn, La Douce prisonnière, 1978, © ADAGP, Paris

L’espace et le corps s’unissent dans un premier temps. Toucher les murs des deux mains en même temps (1974-1975) invite le public à appréhender les œuvres où l’extension transforme le corps en un être singulier et fantastique. R. Horn s’affuble d’accessoires de taille se confondant avec des habits de fantasme ou avec des moyens médicaux de contention, lacés fermement autour du buste. La transformation s’étend à la conscience, à l’espace sensible pour interroger l’identité, le genre, l’intimité et la renaissance. Ses masques, éventails et manteaux de plumes déploient un nouveau rapport à l’autre, à la fois doux et violent, illustrant parades amoureuses ou danses macabres, visibles dans ses films.
Le cinéma de R. Horn ponctue le parcours et insiste sur ses obsessions : le théâtre de l’inconscient et de l’érotisme sauvage ou encore la musique désordonnée. Ses films sont pensés à partir d’une mise en scène chorégraphiée, dont l’inquiétante étrangeté, doublée d’une expansion des émotions, nous tire de la réalité (La Chambre de Buster, 1990), comme le reste de ses créations.

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Rebecca Horn, Concert for Anarchy, 1990, piano, vérins hydrauliques et compresseur, 150 x 106 cm, © ADAGP, Paris

Tout au long de la visite, une discussion entre les œuvres de la plasticienne allemande et celles d’artistes surréalistes – Claude Cahun (1894-1954), Man Ray (1890-1976), Theodore Brauner (1914-2000), Paul Éluard (1895-1952), ou encore Meret Oppenheim (1913-1985) – vient enrichir le propos. Cette expérience plurielle, entre absurdité et spiritualité, crée en nous des impressions diverses : de la respiration ample à la sensation d’enfermement, de la légèreté des plumes tournoyantes à la violence explosive des chaises-balanciers, à la limite de l’entrechoc (Les Délices des évêques, 1997). Une tension flotte dans chacune des salles attendant l’activation soudaine des installations. Promenade commémorative (2004), une camisole de force automate, semble s’écrouler dans un dernier battement de cœur, aussi inattendue que le piano, suspendu par ses pieds, qui avale et recrache ses touches dans un fracas dissonant (Concert pour l’anarchie, 1990).

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Rebecca Horn, Feather Instrument, 1972, © ADAGP, Paris

D’autres installations suivent un mouvement ondulant et perpétuel, puisé dans un imaginaire animiste. Un serpent de cuivre entre en contact avec l’eau vibrante contenue dans un bassin noir qui rappelle les bacs des alchimistes à l’intérieur desquels s’opèrent les processus de purification et de métamorphose (Ombres de cœur pour Pessoa/Chant de lumière, 2005). Nous découvrons l’univers de R. Horn où les forces s’opposent, le macrocosme rencontre le microcosme et la matière s’allie à l’esprit. Véritable théâtre, l’exposition offre ainsi de multiples mises en scène expérimentales qui dévoilent une curieuse combinaison des matériaux et des mécaniques.

En résonance, le musée Tinguely de Bâle présente les Fantasmagories corporelles qui associent les premières réalisations performatives de l’artiste et ses sculptures cinétiques plus tardives. Ces expositions sont d’autant plus pertinentes dans la redécouverte de son travail qu’elles apportent une nouvelle impulsion à la scène française. La dernière monographie qui lui a été consacrée, au Carré d’art de Nîmes, date de 2000.

 

Rebecca Horn. Théâtre des métamorphoses, du 8 juin 2019 au 13 janvier 2020, au Centre Pompidou-Metz (Metz, France).

Pour citer cet article :
Adélie Le Guen, « Les métamorphoses de Rebecca Horn, entre onirisme, spirituel et surréalisme » in Archives of Women Artists, Research and Exhibitions magazine, [En ligne], mis en ligne le 15 septembre 2019, consulté le 18 novembre 2019. URL : https://awarewomenartists.com/magazine/les-metamorphoses-de-rebecca-horn-entre-onirisme-spirituel-et-surrealisme/.
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