Graze Sue (dir.), Elizabeth Murray : Paintings and Drawings, cat. expo., Museum of Art, Dallas (1er mars – 19 avril 1987), New York, Harry N. Abrams, 1987
→Storr Robert (dir.), Elizabeth Murray, cat. expo. Museum of Modern Art, New York ; Institut Valencia d’art moderne, Valence (2005-2006), Londres, Thames & Hudson, 2005
Elizabeth Murray, Museum of Modern Art, New York ; Institut Valencia d’Art Modern, Valence, 2005-2006
→Elizabeth Murray, Paintings in the ‘80s – Pace Gallery, New York, 2 novembre 2017 – 13 janvier 2018
Peintre et sculptrice américaine.
Elizabeth Murray a consacré sa vie à repousser les frontières de la peinture et à la revitaliser dans les années 1970-1980, en la traitant comme un objet à part entière. Après avoir grandi dans l’Illinois au sein d’une famille catholique d’origine irlandaise, elle est diplômée de l’Art Institute de Chicago en 1962, et du Mills College d’Oakland (Californie) en 1964, tandis qu’elle suit parallèlement un apprentissage pictural académique. En 1967, elle s’installe à New York avec son époux, le sculpteur Don Sunseri (1939-2001). Marquée par la peinture de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, elle se réfère tout particulièrement à Cézanne (1839-1906) et à Picasso (1881-1973). Dans les années 1970, sous l’influence du pop art – celui de Claes Oldenburg (1929) en particulier –, elle réalise ses premières peintures-objets et ses sculptures. Elle commence également à enseigner au Rosary Hill College de Buffalo (État de New York), et mènera régulièrement une activité pédagogique au Bard College d’Annandale-on-Hudson (1974-1977) et à la School of Visual Arts de New York (1978-1980). Elle se distingue des courants artistiques contemporains tels que l’art minimal ou l’art conceptuel, en abandonnant, en 1971, les œuvres en trois dimensions pour se concentrer sur la peinture proprement dite, à l’huile. Dès l’année suivante, elle participe pour la première fois à une manifestation d’envergure : sa toile Dakota’s Red (1971-1972) est présentée au Whitney Annual du Whitney Museum of American Art. Elle expose seule à la Jared Sable Gallery de Toronto en 1975, puis sera représentée par la Paula Cooper Gallery de New York. En parallèle, elle découvre les tableaux concaves et convexes de Ron Gorchov (1930) ; elle commence alors à travailler sur des formats qui vont à l’encontre des canons traditionnels : à côté de ses toiles rectangulaires, elle choisit d’expérimenter des châssis aux contours déformés. Ainsi, la peinture n’a plus vocation à être une fenêtre ouverte sur le monde, dans la lignée de la Renaissance italienne : elle devient elle-même un objet avec sa propre profondeur.
À la fin de la décennie, E. Murray adopte un style de plus en plus abstrait, tout en incorporant quelques éléments figuratifs. Ses œuvres aux couleurs vives font penser à des sculptures associant des formes géométriques et des formes biomorphiques irrégulières et ondulantes, proches en cela du corps humain, comme Children Meeting, peinture de grand format présentée à la Biennale du Whitney en 1978. En 1980, elle rencontre le poète Bob Holman (1948), qu’elle épouse deux ans plus tard, et avec qui elle aura deux filles. Ses peintures de l’époque se déploient progressivement dans l’espace et se déclinent en éléments hybrides, entre abstraction géométrique et formes surréalistes, avec une palette systématiquement vive : Art Part (1981) est constitué de fragments géométriques accrochés au mur, à la façon d’un puzzle éclaté. Les natures mortes deviennent alors son sujet de prédilection, et elle réinterprète les objets du quotidien à la façon de Dis Pair (1989-1990), une paire de chaussures monumentales, qui vacille entre figuration et abstraction. Ses dernières peintures, à trois dimensions, évoquent le monde de la bande dessinée et celui des graffitis, associant formes géométriques, fragments corporels, objets usuels et éléments symboliques. E. Murray se voit décerner de nombreux prix et décorations honorifiques. Elle devient membre, en 1992, de l’American Academy and Institute of Arts and Letters ; elle est également nommée docteure honoris causa de l’Art Institute de Chicago en 1992 et de la New School de New York, en 2001. Au cours de l’été 1995, elle est commissaire de la deuxième exposition du Museum of Modern Art, consacrée aux femmes artistes, Artist’s Choice, Elizabeth Murray : Modern Women. Outre leur présentation dans de nombreuses rétrospectives, ses œuvres exubérantes et énergiques font partie des plus grandes collections américaines.