Meneses, Héctor Manuel, « Interview », numéro spécial « Latin American fibers », Surface Design, vol. 37, no 4, été 2013, p. 37.
→Dávila, Olga Margarita et Fuentes, Ana Paula (dir.), Pinthila. Bordados de Natividad Amador en relación a otros artistas, Oaxaca, Museo Textil, 2011
Pinthila, Museo Textil, Oaxaca, novembre 2010 – février 2011
→Broderies, Casa de la Cuesta, San Miguel de Allende, 2008
→Indiens : Chiapas, Mexico, Californie, Pavillon Delouvrier, Parc de La Villette, Paris, 2002
Brodeuse et tisseuse mexicaine.
Dès son enfance, Natividad Amador fréquente assidûment les ateliers des tisseuses traditionnelles de Juchitán, sur l’isthme de Tehuantepec. Elle s’y amuse à broder et à peindre sur de petits morceaux de toile. Dans les années 1980, elle participe aux ateliers d’arts plastiques et graphiques de la Maison de la culture Lidxi Guendabiani de Juchitán, fondée par le peintre Francisco Toledo (1940-2019) et modèle de nombreux établissements similaires dans tout le pays. Avec l’aide de ses collègues artistes de la ville, N. Amador devient la première femme artiste de sa communauté.
N. Amador suit le cursus d’arts plastiques du département des beaux-arts de l’université Benito-Juárez à Oaxaca, puis s’installe à Mexico pour y expérimenter d’autres médiums créatifs. Après avoir participé à plusieurs expositions collectives, elle regagne sa ville natale, où elle travaille le tissu et la broderie au crochet sur un châssis. Dans cet art, elle trouve une forme d’expression qui associe une technique ancestrale à des propositions relevant de l’art contemporain – grâce à cette synchronie historique et esthétique, la brodeuse de Juchitán réalise de véritables toiles d’éternité.
Dans son exposition Pinthila (2010), N. Amador revendique l’héritage de douze grands maîtres de l’art mexicain, dont elle traduit et interprète librement les œuvres dans ses broderies. Ce dialogue avec les maîtres ainsi que des collaborations avec des artistes comme Gabriel Macotela (1954-) ou l’utilisation d’esquisses de Demián Flores (1971-) font d’elle l’une des principales artistes textiles mexicaines de la première décennie du IIIe millénaire.
Par la suite, N. Amador tisse de véritables cartographies et des cartes de navigation. Fenêtres ouvertes sur un art ancestral, ces toiles brodées exigent une patience infinie : point après point, l’artiste de Juchitán s’efforce de freiner la marche d’une époque qui semble se précipiter dans le vide. Ces pièces expriment un profond sens de la vie, auquel une grande partie de l’humanité postindustrielle ne propose manifestement pas de réponse. En réduisant sa vitesse de travail, N. Amador ouvre un temps pour le souvenir, qui est le temps nécessaire pour faire passer deux fois sa pointe par le cœur ; la tâche des tisserandes est aussi celle des chamanes préhispaniques, qui opéraient à cœur ouvert. Ainsi son art se dédouble-t-il en miroir, évoquant l’antique savoir-faire des compteurs de temps précolombiens, œuvre millénaire en relation avec l’ancien système de coopération et de solidarité des femmes binnizá (zapotèques) de Juchitán.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « The Origin of Others. Réécrire l’histoire de l’art des Amériques, du XIXe siècle à nos jours » en partenariat avec le Clark Art Institute.
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2023