Nanibush, Wanda, et Uhlyarik, Georgiana, Rita Letendre: Fire & Light, cat. exp., Art Gallery of Ontario, Toronto (29 juin – 17 septembre 2017), Toronto, Art Gallery of Ontario, 2017.
→Jansma, Linda, Rita Letendre: Beginnings in Abstraction, Oshawa, Robert McLaughlin Gallery, 2005.
→Asselin, Hedwidge (dir.), Rita Letendre: Les éléments, cat. exp., galerie Simon Blais, Montréal (9 mai – 30 juin 2001), Montréal, Éditions Simon Blais, 2001.
Rita Letendre: Fire & Light, Art Gallery of Ontario, Toronto, 29 juin – 17 septembre 2017.
→Rita Letendre : aux couleurs du jour, musée national des Beaux-Arts du Québec, Québec, 13 novembre 2003 – 4 avril 2004 ; Winnipeg Art Gallery, Winnipeg, 5 mars – 29 mai 2005.
→Rita Letendre: The Montreal Years, 1953–1963, Concordia Art Gallery, Montréal, 1989.
Peintre abstraite, graveuse et muraliste québécoise d’ascendance autochtone.
Rita Letendre commence à peindre au début des années 1950, après avoir suivi brièvement des cours à l’École des beaux-arts de Montréal en 1948-1949, où elle se lie d’amitié avec Ulysse Comtois (1931-1999). Tous deux abandonnent leurs études pour rejoindre le mouvement nouvellement créé des Automatistes, mené par Paul-Émile Borduas (1905-1960). Les travaux de R. Letendre sont présentés dans leurs expositions collectives où elle est l’une des rares artistes femmes et la seule d’ascendance autochtone à participer à ce mouvement artistique révolutionnaire. Elle s’associe plus tard aux Plasticiens, avec lesquels elle partage un intérêt pour les aspects formels de la peinture. Elle rejoint enfin l’Association des artistes non figuratifs de Montréal en 1956.
Les premiers travaux de R. Letendre sont caractérisés par un fort attachement au vocabulaire abstrait et par une recherche incessante de l’expressivité par la couleur et par le geste de l’esprit vital. Sa grand-mère abénaquise lui a transmis une affinité profonde avec la force vitale de l’univers et l’interconnexion des choses. Son enfance a cependant aussi été marquée par la violence et le racisme, et elle a parlé des « explosions de couleur [comme de sa] rébellion face à la tristesse, à la mort et à l’angoisse » [Hedwidge, Asselin, Rita Letendre: Les Éléments / The Elements].
Ses voyages et ses séjours en Europe mènent R. Letendre à trouver son propre style pictural, lumineux et dynamique. Elle admire les œuvres des expressionnistes abstraits américains autant que celles des peintres de la Renaissance italienne, ainsi que l’énergie de ses contemporains parisiens. Cherchant à convoquer par ses gestes puissants une force spirituelle intense, R. Letendre travaille au cours de sa longue carrière avec des matériaux variés, dont l’huile, le pastel et l’acrylique, utilisant ses mains, le couteau à palette, les pinceaux et l’aérographe. Reconnue pour son style intense et audacieux, elle repousse les limites de la couleur, de la lumière et de l’espace. Ses œuvres sont de dimensions monumentales car elle cherche à créer une impression d’enveloppement.
Au début des années 1960, R. Letendre expose fréquemment avec des galeristes de premier plan en France et en Italie, et remporte pour ses tableaux des prix importants. Elle emménage à Los Angeles avec son compagnon, le sculpteur israélien Kosso Eloul (1920-1995), en 1964. Elle reçoit immédiatement la commande d’une grande peinture murale de 7,5 par 6 mètres, Sun Forces (1965), pour la California State University Long Beach. Pour cette œuvre, elle fait un usage pionnier de la peinture époxy, ayant réalisé qu’un empâtement lourd ne fonctionnerait pas en raison de l’échelle ainsi que du site et devant prendre en considération le fort ensoleillement, le vent et l’air océanique. Si la couleur continue à jouer un rôle important dans ses compositions, l’effet de la figuration n’est plus produit par son travail gestuel d’empâtement mais plutôt par la ligne. Dans Sun Forces, les formes noires hard-edge entrent en collision, créant des étincelles d’un jaune et d’un vert soutenus, en anticipation de ses compositions dynamiques à venir, faites d’angles aigus et de lignes droites.
Après avoir vécu aux États-Unis, R. Letendre et K. Eloul s’installent à Toronto en 1969. L’art et la vie de R. Letendre se mêlent alors étroitement au développement de la ville. Ses lignes droites de couleurs vives, ses angles aigus se télescopant dans des éclairs lumineux énergisent les rues et les espaces publics intérieurs d’un optimisme et d’une assurance exacerbés. C’est à Toronto qu’elle produit certaines de ses peintures et de ses commandes artistiques publiques les plus importantes, comme Lodestar (1970) et Irowakan (1976). Dans les années 1970 et au début des années 1980, elle continue à créer en dehors des murs des musées. Ses peintures murales publiques sont toujours conçues en tenant compte du contexte global du site, en prenant en considération la manière dont ils fonctionneraient, dont ils s’intégreraient à ou iraient à rebours de l’espace, pour se connecter à lui et le galvaniser. Le fait que ces gestes publics singuliers aient depuis été effacés ou recouverts est une grande perte pour Toronto. En 2014, R. Letendre peut revisiter sa monumentale verrière Joy (1977), conçue pour inonder de lumière colorée une station de métro aérienne, dans des tons bleus, brun orangé, verts et jaunes ; elle en supervise l’installation en 2020.
Chaque nouvelle phase de l’œuvre de R. Letendre est motivée par des expérimentations formelles. Si ces questions la conduisent toujours d’une innovation à l’autre, elle ne se conforme pas à une progression strictement linéaire. Les styles et les innovations se chevauchent, disparaissent et réapparaissent, se combinent également. En gardant cela à l’esprit, il est possible d’esquisser dans les grandes lignes des phases d’intérêt. Des années 1950 au milieu des années 1960, ses peintures sont caractérisées par un intérêt pour les volumes et l’espace. À l’huile, elle peint deux volumes, souvent en conflit ou dans une relation transformative. Créés dans d’épais empâtements de couleurs et de noir, des volumes se meuvent à travers un espace noir ou des masses noires se meuvent à travers un espace coloré. Cette phase la mène à expérimenter avec le mouvement du milieu des années 1960 à la fin des années 1980. En 1971, ses flèches hard-edge peintes à l’aérographe sont devenues sa griffe, aussi bien dans ses toiles que dans l’espace public. Son utilisation de l’aérographe évolue, depuis des lignes strictes dans des configurations resserrées et de multiples couleurs, produisant des vibrations et du mouvement, vers une ligne plus diffuse. En 1987, son utilisation d’une telle ligne lui permet un examen approfondi de la lumière. Daybreak (1987) est une œuvre mature, un color-field abstrait produit par des lignes horizontales floues de teintes bleu ultramarin, bleu cobalt foncé, orange de cadmium et rouge de cadmium soutenu. Le contraste entre les teintes bleues froides et les teintes rouges et orange radiantes permet de faire d’un lever de soleil une méditation sur l’idée de lendemain. Après la mort de son mari en 1995, R. Letendre se remet à peindre à l’huile, dans son style gestuel initial. À l’aide d’une pâte épaisse et de couleurs constamment changeantes, elle s’intéresse au rôle de l’émotion dans l’abstraction. Au fil de ses expérimentations formelles, elle conserve toujours un intérêt pour la compréhension du cosmos, de la vie et de la découverte de soi.
Le travail de R. Letendre a fait l’objet de plusieurs expositions personnelles majeures – la première au Palm Springs Desert Museum, en Californie, en 1974, puis une rétrospective itinérante organisée par le musée national des Beaux-Arts du Québec en 2003 et une exposition à l’Art Gallery of Ontario en 2017. En recréant le monde à travers ses tableaux et ses œuvres publiques, son travail incarne sa recherche continue de connexion et de compréhension.
Une notice réalisée dans le cadre du programme de recherche « AWARE x Canada », en partenariat avec la Galerie de l’UQAM