Bouchra Khalili: The Circle – Chronologie pour une constellation, Londres, Book Works, 2025
→Bouchra Khalili: Entre círculos y constelaciones: = Between circles and constellations, cat. exp., Barcelone, Museu d’Art Contemporani de Barcelona, 2023
→Bouchra Khalili, The Tempest Society, Londres, Book Works, 2019
Astérismes (Fig. 1. – 3), Bouchra Khalili at Festival d’Automne 2025, septembre – octobre, Various Theatres in Paris
→Bouchra Khalili: Between Circles and Constellations, Sharjah Art Foundation, septembre – décembre 2024, and MACBA, février – mai 2023
→Bouchra Khalili: Poets and Witnesses, Museum of Fine Arts, Boston, mars – août, 2019
Artiste visuelle multidisciplinaire franco-marocaine.
Formée en études cinématographiques à la Sorbonne Nouvelle et en arts plastiques à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy, Bouchra Khalili œuvre dans un large champ de médiums, dont le cinéma, la vidéo, l’installation, la photographie, l’estampe, l’édition et le textile. Nombre de ses projets artistiques et installations ont pour point de départ des luttes historiques pour l’émancipation, liées en particulier aux mouvements anticoloniaux et antiracistes. Sa pratique ne se limite toutefois pas à de l’historiographie artistique ou à un travail sur les archives. Plutôt que de représenter l’histoire, B. Khalili s’engage pour repenser ces luttes de manière collective depuis le présent. Cette approche est particulièrement visible dans son travail au long cours autour de l’héritage du Mouvement des travailleurs arabes (MTA), qui trouve son expression dans les œuvres The Tempest Society (2017) et The Circle Project (2023) : toutes deux puisent dans la pratique des troupes de théâtre militantes El Assifa [La Tempête] et El Halaka [Le Cercle], actives dans l’orbite du MTA dans la France des années 1970.
The Tempest Society, présentée pour la première fois à la documenta 14 à Athènes en 2017, transfère les méthodes militantes d’El Assifa, tel son « journal théâtral », vers le contexte des mouvements contestataires émergeant dans la Grèce des années 2010. Les trois protagonistes de cette installation filmique militent à Athènes contre l’austérité et la politique raciste menée par l’Europe à ses frontières. De la même manière, dans The Circle Project, installation mixte, B. Khalili collabore avec deux jeunes personnes françaises d’origine tunisienne et algérienne, qui s’interrogent face caméra sur la manière dont l’histoire d’El Halaka entre en résonance avec leurs propres existences. Ces séquences sont entrecoupées de scènes où les pièces des années 1970 sont rejouées par d’anciens membres de ces deux troupes de théâtre.
Cette approche médiatrice entre les fragments du passé et ceux du présent est directement informée par la méthode de la constellation développée par Walter Benjamin, à laquelle B. Khalili se réfère souvent. Ses projets artistiques ne peuvent donc être compris comme des œuvres isolées. Considérées ensemble, ses différentes installations déploient un réseau complexe de résistance à travers le temps, l’espace et les individus. Les projets liés au MTA font ainsi partie d’une constellation créée par B. Khalili, qui en appelle régulièrement à des militant·es, artistes, cinéastes et organisations, dont Kathleen et Eldridge Cleaver, le Black Panther Party, Jean Genet, Amílcar Cabral, Mário Pinto de Andrade, Carole Roussopoulos, Mririda n’Aït Attik, Pier Paolo Pasolini et Frantz Fanon ; leurs pratiques peuvent être considérées comme les influences les plus importantes sur le travail artistique de B. Khalili.
Ses procédés formels sont très réduits et reposent sur des caméras statiques et un nombre limité de prises. Les plans moyens présentant des visages, des mains et des documents historiques, filmés frontalement, prédominent souvent. Leurs protagonistes récitent un script que B. Khalili a précédemment rédigé à partir de ses propres recherches ainsi que de leurs expériences, tandis que les mains arrangent, présentent et montrent des archives dans des constellations changeantes. La démarche de l’artiste ne vise pas à créer une rencontre vivante avec l’histoire, comme nous l’indiquent la sobriété atteinte et le parler récitatif adopté par les personnages, directement inspirés des techniques brechtiennes de distanciation (Verfremdung).
Une notice réalisée dans le cadre du programme +1.
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026