Terri Cohn (dir.), Pairing of Polarities: The Life and Art of Sonya Rapoport, Berkeley, Heyday, 2012
→Judy Malloy (dir.), « The Process of Creating New Media: Interview with Sonya Rapoport », Content. Code. Process: Authoring Electronic Literature, 2009, mis à jour en 2017
→Sonya Rapoport, « Digitizing the Golem: From Earth to Outer Space », Leonardo, vol. 39, no 2, 2006, p. 117-124
Radical Software: Women, Art & Computing. 1960–1991, Mudam, Luxembourg, 20 septembre 2024 – 2 février 2025 (exposition collective)
→Sonya Rapoport: Biorhythm, San José Museum of Art, San José (Californie), 7 février – 27 septembre 2020 (exposition individuelle)
→Sonya Rapoport: Pairings of Polarities, Kala Art Institute, Berkeley (Californie), 4 mars – 9 avril 2011 (exposition individuelle)
Artiste conceptuelle et de nouveaux médias féministe.
Après des études de biologie à la Boston University (1943-1944), Sonya Rapoport obtient un Bachelor of Arts en économie du travail à la New York University (1946). En parallèle de sa formation universitaire, elle étudie la peinture et devient l’une des premières femmes diplômées d’un master en beaux-arts de la University of California (UC) Berkeley, en 1949. S. Rapoport commence sa carrière comme peintre et est d’abord proche de l’expressionnisme abstrait. Sa première exposition personnelle dans un musée a lieu à la Legion of Honor de San Francisco en 1963.
S. Rapoport occupe une place primordiale dans le développement de l’art conceptuel et des nouveaux médias. Elle marque ce champ par son usage innovant des matériaux, par ses méthodes de travail et par ses modèles épistémologiques. Au milieu des années 1970, elle s’éloigne définitivement du langage de l’abstraction moderniste et se tourne vers des pratiques conceptuelles. Elle questionne ludiquement les processus et l’autorité de la science autant que les modes de représentation de l’expérience subjective. À travers un large éventail de médiums – dont la peinture, le dessin, la performance et l’installation –, ses critiques féministes parodient les conventions scientifiques en montrant leur rigidité. Sa pratique reflète en même temps sa curiosité nourrie pour le savoir et l’expertise, qui la conduit à collaborer étroitement avec des scientifiques et des spécialistes du champ des humanités. À l’intersection de l’analyse féministe et de l’esthétique de la communication, elle propose de nouveaux modèles artistiques et fait des données un médium permettant d’articuler les expériences humaines.
En 1976, après avoir trouvé des feuilles de papier listing imprimées mises au rebut au département des mathématiques de UC Berkeley, elle se tourne vers l’art numérique. Ce qui apparaît d’abord comme des vestiges de la bureaucratie – marqués par des motifs répétitifs et par des symboles codés – devient rapidement central dans sa pensée artistique et dans sa pratique matérielle. Plutôt que de concevoir les données comme de simples sous-produits du calcul, elle en fait un cadre visuel et symbolique, et altère les feuilles par le dessin, la broderie et le collage, afin de produire des œuvres intriquées, aujourd’hui connues sous le nom de Computer Printout Drawings.
À la charnière des années 1970 et 1980, S. Rapoport délaisse ses expérimentations esthétiques avec les formes générées par des machines pour créer des œuvres d’art à partir de calculs. Elle est intriguée par la manière dont les ordinateurs peuvent quantifier et transformer les informations qualitatives en données mesurables. Après avoir suivi un cours de programmation informatique, elle considère les logiciels comme des outils de création et crée des œuvres à partir de données. Ainsi, Objects on My Dresser (1979-1983) traduit des inventaires autobiographiques en représentations graphiques générées par ordinateur et offre une forme visuelle à des structures associatives.
Ses innovations dans l’art interactif et ce qu’elle appelle ses « performances participatives » ont également une grande influence. Dans Objects on My Dresser, Phase 3: Shared Dynamics (1981), des participants arrangent des cartes symboliques, dont les configurations sont ensuite analysées par l’ordinateur. La série Biorhythm (1980-1984), qui comprend The Computer Says I Feel… (1984), relie elle aussi des déclarations du public à des systèmes de biofeedback afin de produire des visualisations d’états émotionnels. L’artiste anticipe ainsi l’intérêt contemporain pour les pratiques d’automesure.
À partir de la fin des années 1980, S. Rapoport devient l’une des premières praticiennes de l’art en ligne. Elle produit des œuvres HTML interactives, des piles HyperCard et des réalisations multimédias qui mêlent imagerie scientifique, archives personnelles et références à la culture mondialisée. Elle occupe aussi une position directrice au sein de Leonardo, journal international de premier plan publié par MIT Press, qui relie les sciences et les technologies contemporaines aux arts et à la musique.
Une notice réalisée dans le cadre du programme “Vivre avec deux cerveaux : Artistes femmes dans les nouveaux médias, années 1960-1990”
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026