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Critique

Helen Frankenthaler, le triomphe de la couleur

13.10.2019 |

Helen Frankenthaler, Riverhead, 1963, acrylique sur toile, 208,9 x 363,2 cm, © Helen Frankenthaler Foundation, Inc., © ADAGP, Paris, © Photo : Rob McKeever, Courtesy Gagosian

En marge de la LVIIIe Biennale de Venise, le Palazzo Grimani de Santa Maria Formosa consacre l’exposition intitulée PITTURA/PANORAMA à la peintre américaine Helen Frankenthaler (1928-2011), choisissant de mettre l’accent sur la relation entre les développements de sa peinture tout au long de sa carrière et le thème du paysage panoramique.

Organisé conjointement par la Helen Frankenthaler Foundation et Venetian Heritage, en association avec la Gagosian Gallery, l’événement montre le travail de H. Frankenthaler pour la première fois à Venise depuis 1966, où lors de la XXXIIIe Biennale d’art contemporain l’artiste a représenté le pavillon américain aux côtés d’Ellsworth Kelly (1923-2015), de Roy Lichtenstein (1923-1997) et de Jules Olitski (1922-2007).

Rappelons que cette artiste majeure de la deuxième génération des peintres de l’expressionnisme abstrait aux États-Unis a joué en rôle central dans la transition du mouvement vers la tendance du color field painting et a inspiré des peintres comme Morris Louis (1912-1962) ou Kenneth Noland (1924-2010).

À l’étage de ce palais vénitien du XVIe siècle sont regroupées quatorze toiles de H. Frankenthaler, qui couvrent quarante années de création, des années 1950 aux années 1990, et proviennent toutes de sa fondation, établie à New York.

Si l’on peut dès le départ regretter le choix particulièrement restreint du nombre d’œuvres, annoncé dès la première salle, la sélection réalisée par John Elderfield1 permet néanmoins de retracer assez justement l’ensemble de la carrière de la peintre américaine.

Dans ce parcours plus ou moins chronologique, on reconnaît des tableaux de sa première période, comme 10/29/52 (1952) et Window Shade No. 2 (1952) qui rappellent certaines compositions de Jackson Pollock (1912-1956). En 1951, H. Frankenthaler rencontre J. Pollock dans l’atelier de celui-ci. Si elle retient plusieurs leçons du peintre américain – utilisation de grands formats, travail sur la toile posée au sol –, elle trouve rapidement son style propre, dont elle cristallise les préceptes dans Open Wall (1953) et qui resurgit dans le sublime Riverhead (1963) : peinture diluée avec de la térébenthine, grandes toiles horizontales sur lesquelles se déploient de larges flaques de couleurs vives, plus ou moins chargées en intensité selon la quantité de matière versée. Bien que complètement abstraites, ces œuvres évoquent de manière assez immédiate des paysages et, par leur format, des panoramas.

Tout au long de sa carrière, H. Frankenthaler ne cesse de tenter de nouvelles expériences. Dans les années 1960 et 1970, les plages colorées se resserrent et tendent parfois vers le figuratif (Pink Bird Figure, 1961), ou deviennent plus schématiques pour explorer la planéité de la toile afin d’ouvrir au maximum l’espace pictural (Italian Beach, 1960 ; New Paths, 1973).

Dans la décennie suivante, H. Frankenthaler se tourne vers un tout nouveau vocabulaire artistique : utilisation de couleurs atmosphériques et application sur la surface de la toile de gouttes, points ou traits plus appuyés qui dynamisent l’ensemble (For E.M., 1981 ; Brother Angel, 1983).

À mi-parcours de la visite, deux extraits de documentaires (Michael Blackwood, American Art in the 1960s, 1972 et Perry Miller Adato, Frankenthaler: Toward a New Climate, 1978) permettent au public de mieux appréhender le processus créatif de l’artiste et d’observer son incroyable sens de la couleur.

L’exposition s’achève avec sa production moins connue du début des années 1990, dont certains titres renvoient explicitement à la nature (Snow Basin, 1990 ; Maelstrom, 1992). Dans ces toiles plus dramatiques, la matière se fait plus présente alors qu’une nouvelle gamme de couleurs apparaît avec une nette prédominance du blanc (Barometer, 1992).

PITTURA/PANORAMA réaffirme la place H. Frankenthaler parmi les plus grand·e·s coloristes de l’abstraction américaine et balaie définitivement le jugement des critiques qui lui reprochaient à l’époque de faire un art « trop doux » ou « trop féminin ».

 

PITTURA/PANORAMA. Paintings by Helen Frankenthaler, 1952-1992, du 7 mai au 17 novembre 2019, au Palazzo Grimani (Venise, Italie).

1
Conservateur en chef du département des peintures et des sculptures du Museum of Modern Art de New York de 2003 à 2008.

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Pour citer cet article :
Mathilde Bartier, « Helen Frankenthaler, le triomphe de la couleur » in Archives of Women Artists, Research and Exhibitions magazine, [En ligne], mis en ligne le 13 octobre 2019, consulté le 18 novembre 2019. URL : https://awarewomenartists.com/magazine/helen-frankenthaler-le-triomphe-de-la-couleur/.
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