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Œuvres féministes monumentales dans l’espace public
09.08.2018 | Louise Sénéchal

En 1967, Niki de Saint Phalle réalise sa première Nana-Maison et commence à envahir les lieux publics de figures féminines rondes et colorées, redonnant aux femmes créatrices leur place dans des villes principalement investies par les hommes. « L’éclosion de son art urbain gigantesque correspond de même à la venue sur la scène publique du mouvement féministe revendicatif, dont elle forge un équivalent plastique. » explique l’historienne de l’art Fabienne Dumont. À une époque où les métiers de sculpteur ou d’architecte étaient considérés comme masculins, des artistes femmes se sont réapproprié l’espace public en y installant des œuvres monumentales, refusant la domesticité à laquelle on les cantonnait. Un moyen de montrer que les femmes sont capables des mêmes prouesses que les hommes : « J’obéis à mon besoin pressant de montrer qu’une femme peut travailler à une échelle monumentale » dit Niki de Saint Phalle à propos de la création de son parc de sculptures, Le Jardin des Tarots (1978-1998).

Les artistes féministes qui créent des œuvres monumentales pour les lieux collectifs souhaitent proposer un art plus démocratique en prise directe avec les citoyen·ne·s. Pour ce faire, certaines ont d’abord pris possession de la rue de manière sauvage en s’adressant directement aux passant·e·s. Elles inondent les villes de leurs messages : Tania Mouraud indique tous les endroits parisiens dont les femmes sont exclues avec 54 panneaux NI en 1978, et Jenny Holzer diffuse ses Truismes à partir de 1977 ; ou bien détournent l’affichage publicitaire monumental : en 1989, les Guerrillas Girls interrogent : « Do women have to be naked to get into the Met. Museum ? », et Barbara Kruger reprend : « Your body is a battleground » pour protéger l’avortement aux États-Unis, slogan qu’utilisera   en français l’artiste urbaine Miss.Tic en 2000 à Paris.

D’autres artistes aux préoccupations féministes ont pu accéder à la commande publique, pour laquelle elles réalisent de gigantesques sculptures : Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely en 1983 avec la Fontaine Stravinsky à Paris ; Louise Bourgeois en 2005 avec ses araignées appelées Maman ; Monica Bonvicini, en 2010, avec She Lies, une structure flottante face à l’Opéra d’Oslo ; ou encore Joana Vasconcelos en 2018 avec Cœur de Paris sur la ligne du tramway T3, Porte de Clignancourt à Paris.

Les artistes féministes donnent ainsi à lire, puis à voir, les revendications entendues dans les manifestations des années 1960-70. Les spectateurs et spectatrices sont alors confronté·e·s à des œuvres d’artistes femmes de plus en plus imposantes et de plus en plus pérennes. Ces créatrices d’une ville inclusive redonnent ainsi aux femmes un droit d’expression sur la place publique.

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